Ils, elles, ze vivront heureux et…

Une blonde, les yeux charbonneux fixe le passant dans le kiosque à journaux. Au delà du regard, c’est sa poitrine qu’on remarque. Ou plutôt son torse d’homme. Dans d’autres temps, on aurait dit « hermaphrodite« . Dans le Courrier International du 15 au 21 décembre 2011, on parle de transgenre.

Courrier International pose la question du genre. / PA

A la Une de l’hebdo, donc, Andrej Pejic. Le modèle défile aussi bien pour les collections homme que femme. Cette icône de la mode façon XXIeme siècle fascine. Autre Une, celle du Elle brésilien. Même constat : un mannequin transgenre défie le lecteur.

Un modèle "il" ou "elle" ?

Au delà de l’effet de mode, la question du genre se pose à la lecture du dossier « Il ou elle » du Courrier. Un tour du monde des problèmes, des opérations, de la reconnaissance, de la transphobie défile au fil des pages. « Le genre est le dernier bastion de notre civilisation » décrit De LaGrace Volcano, artiste.

Députée polonaise, hijra et ladyboy

On ne nait pas homme ou femme. « La plupart des gens sont persuadés que féminité et masculinité? sont données une fois pour toutes par la nature (ou par Dieu) et ils fondent là-dessus leur sentiment de sens, d’ordre et de sécurité » expliquent Ewa Wilk et Marcin Kolodziejckyk. Mais au delà de l’attirance sexuelle, c’est toute une vie qui est à construire selon le genre choisi. La place dans la société. L’identité sexuelle est primordiale et ne se détermine pas à la légère.
A travers le dossier, Courrier International propose de comprendre le transgenre aux Etats-Unis, en Inde et en Australie en passant par la Turquie. Cinq parcours à travers la dualité sexuelle établie. Esmeray, Norrie May-Welby, Jin Xing, Chaz Bono et Margaret Stumpp montrent leurs luttes. Être enfant de Cher et devenir Chaz à 42 ans. Confronter un changement de sexe et le monde du travail. Faire évoluer l’administration et créer la mention « X » pour le sexe sur les papiers d’identité.

Une députée transgenre en Pologne. /PA

Anna Grodzka siège au Parlement polonais. Elle a vécu 55 ans coincée dans un corps d’homme. Une vie d’homme, de père de famille. Puis elle est devenue une femme. Aujourd’hui, elle représente un peuple souvent jugé catholique conservateur.
En Inde, les transsexuels sont prévus depuis toujours dans la civilisation. Sous-catégorisés selon l’identité sexuelle, la ville, la religion. Les hijra, les kinnar, les kothi sont à la fois affiliés aux dieux et craints. Estimés à 750 000 hijraS, ils sombrent souvent dans la prostitution et la mendicité. Le témoignage d’un thirunambi « femme vers homme » est bouleversant. L’appel à l’abolition des genres de Gee Ameena Suleiman donne à penser.

Le genre, une interrogation pour tous

Au final, c’est une question qui ressort de ce dossier fascinant. La question du genre est loin d’être résolue. Pays du Nord ou du Sud sont égaux face au transgenre. L’uniforme à l’école est sexué, les cadeaux de noël le sont. Même l’Organisation mondiale de la santé considère la transsexualité comme des « troubles de l’identité sexuelle ». Qu’on soit intéressé par le sujet ou totalement néophyte, « Il ou elle » est à lire.

Pauline Amiel

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Garçon ou fille ? C’est toi qui choisis, chéri

Choisir le sexe de son bébé ? Une idée folle qui se rapproche des portes de l’Europe.Le site de TV5 Terriennes s’inquiète de la situation. La sélection prénatale en fonction du sexe existe depuis longtemps en Asie. Aujourd’hui, le Sud-Caucase et les Balkans sont aussi concernés.

Le site Terriennes pose la question de l'avortement à cause du sexe. / PA

L’élimination des foetus féminins se développe au sein des populations européennes. La préférence sociale et le modèle patriarcal ont engendré ce phénomène depuis plusieurs dizaines d’années en Asie. Camille Sarret explique que la diaspora asiatique en Grande-Bretagne a permis le développement de cette sélection par le sexe. Une fille vaut toujours moins qu’un garçon dans l’esprit de certains parents.

Des avortements sexo-sélectifs

Le ratio de naissance normal est de 105 garçons pour 100 filles. Au Kosovo, en Albanie, en Arménie, dans l’Azerbaïdjan et en Géorgie, il se situe entre 110 et 115 garçons pour 100 filles ! Qu’est ce que ça change ? Tout. D’ici vingt ans, ce sont plusieurs dizaines d’hommes célibataires et une baisse des naissances.

Le Conseil de l’Europe a déjà agi. Il a sommé les quatre derniers Etats « d’enquêter sur les causes et les raisons des sex-ratios asymétriques à la naissance. » La tradition renforce la position dominante du mâle. Les pays doivent donc « relever le statut des femmes dans la société ».

Des conséquences désastreuses

Sans aller jusqu’au chaos imaginé par Amin Maalouf dans le Premier siècle après Béatrice, la situation peut inquiéter. L’idée qu’un garçon perpétue le nom et qu’il est un soutien plus solide ne diminue pas. Le problème ? L’équilibre social est en jeu. Avec un nombre d’hommes célibataires trop important, c’est le renouvellement de la population qui est menacé.

En Chine, par exemple, le mariage de force ou par correspondance et le trafic d’épouses sont en hausse. 94% des célibataires sont des hommes ! Et par conséquent, les droits des femmes passent à la trappe. De quoi s’inquiéter.

Pauline Amiel

Shame, une honte désirable

« Troublant et inoubliable » pour ELLE. « Une claque » d’après Metro. «  Un film coup de poing » selon le Journal du dimanche. « Shame » , le film de Steve McQueen, fait l’unanimité. Armée de bravoure, je me lance pour la séance de 11 heures. Le film va-t-il me mettre K.O ?

« Bonne chance. Ce n’est que du sexe ! » A peine ma place en main, une spectatrice me met déjà en garde. Son visage apeuré m’inquiète. Dans ma tête, les images défilent alors. Cunnilingus, sodomie, parties fines… Je m’attends à un film sexuel, à la limite du pornographique. Choquant. Peut être traumatisant. « Shame » s’est créé une réputation. En même temps, c’est l’histoire d’un homme pris au piège de ses pulsions sexuelles dévorantes.

Une vingtaine de cinéphiles entre 20 et 70 ans est là en couple, entre amis, ou seuls. Pas envie d’être dérangée. Je me mets à l’écart. La salle s’assombrit. Brandon, incarné par Michael Fassbender, est allongé sur son lit. Nu. Un drap cache son sexe, mais pas pour longtemps. Nu, toujours nu, encore nu. Brandon passe et repasse devant la caméra. Dans la salle, les regards s’éparpillent.

En quête d’abjection

Les scènes s’enchaînent. Au bout d’une heure, toujours rien de déstabilisant. Je suis déçue. Je m’attendais à moins de pudeur esthétique. Pourtant Steve McQueen n’a rien oublié : masturbation au bureau, prostituées, expérience homosexuelle… Tout est bon pour extérioriser le mal-être de son personnage. Le public est dubitatif. Deux jeunes hommes se lancent des regards complices lors des scènes de nue. D’autres rient pour cacher leur gêne. Un mystère pour moi. A l’écran, j’admire juste la sexualité osée d’un homme paumé, qui au final est plus attachant que déroutant.

Des plans plus beaux que choquants !

J’avoue, je suis sensible au charme nordique de l’acteur. Sa fougue indomptable me peine et m’attire en même temps. Dehors les play-boys peignés à la gomina ! Ce qui me plaît, c’est l’imperfection. « Shame » est un tableau réussi de la perversité d’un homme du XXI ème siècle. En même temps, qui n’a jamais rêvé de se plonger dans l’univers des soirées dépravées de « Eyes Wide Shut » ?

Désaccord cinématographique

« C’est glauque ! » retentit dans la salle. Cet « Alexandre Portnoy » (un obsédé sexuel qui multiplie les aventures et ne pense qu’à se masturber dans « Le complexe de Portnoy » de Philippe Roth) n’est pas du goût de tous. Et pourtant, les travellings sont saisissants. Ils nous plongent dans la course frénétique de Brandon, en quête d’une normalité amoureuse.

Courir, un échappatoire pour se libérer de ses pulsions.

Les lumières se rallument. Metro l’avait annoncé : une claque. Steve McQueen m’a mise K.O. Mais je me sens seule. Sur leurs fauteuils rouges et inconfortables, les gens se raclent la gorge. « Rien de sensuel, c’est juste dégueulasse. » confie une femme enceinte. Ma voisine met son manteau. Elle me regarde. Je la regarde. « Il est surestimé par la critique » Encore une râleuse. A la sortie, une âme sœur cinéphile partage ce moment de jouissance. C’est la deuxième fois qu’il vient. L’atmosphère et la musique du film le transportent. On est bien d’accord : « Niveau sexuel, on a vu bien pire ».

Fiona Ipert & Sandra Cazenave

Avec la participation exclusive de La gazette de la mode

La ceinture de chasteté du cinéma américain

Des histoires d’amour pieuses, des baisers chastes, des nus cachés… Face aux comédies sur la sexualité (Sex friend ou Sexe entre amis), certains films prônent le retour vers un amour pudique. Pour vérifier cela, votre Martine s’est dévouée (bon j’avoue, j’aime bien) pour aller voir le dernier Twilight, Révélations. Sous la coupe des mormons, le quatrième volet surprend par sa tournure. Existe-t-il toujours une culture de la chasteté ?

Le sang, encore le sang, toujours le sang… le puritain Twilight devient gore. Plus que cela, la sexualité débarque dans cet univers vertueux. Les héros, Edouard et Bella, passent enfin à l’acte. Mais que s’est-il passé pour la chaste saga ? Alors que Bella, sorte de garçon-manqué sans expression, s’est transformée en nymphomane en puissance, son bellâtre de vampire temporise ses pulsions (jadis inexistante) sexuelle. Un retournement de situation total pour les fans.

Les héros de Twilight face à leurs pulsions.

Out la virginité !

Twilight garde tout de même ses principes. Les instincts polygame ( comme toutes les spectatrices, elle veut faire une partie de jambe en l’air avec le vampire et le loup garou)  de la pure héroïne ? Soit. Les mormons sont bien branchés « partage ». Mais le sexe avant le mariage est prohibé. Non, non, non… Même si le blanchâtre Edouard a plusieurs siècles d’expérience derrière lui, il doit patienter. Pas de bague, pas de gâteries !

Mais le basculement du fantastique Twilight vers la comédie romantique, chamboule le statu quo. Depuis quelques temps, un mouvement de pudeur s’est, en effet, emparé des films américains. Les productions hollywoodiennes proposent des scènes d’amour habillée ou carrément sans sexe. C’est ce que l’on a pu voir dans le puissant Drive . Au delà d’une simple histoire d’automobile, il y a une rencontre entre Irène (Carey Mulligan) et le « driver » (Ryan Gosling). Ici encore, peu d’étreinte, voire une seule. Le moment le plus sensuel du film se focalise sur deux minutes. Avant d’écrabouiller (oui, oui) le visage d’un mafieux, le beau Ryan embrasse fougueusement sa bien aimé dans un ascenseur. Le tout au ralenti. Autrement dit, on a connu plus hot !

Malin le coup de l'ascenseur...

Des scénario branchés porno

Face à cette pudeur, on retrouve des films et des séries où le sexe fait partie intégrante de l’histoire. Notamment True blood (oui, encore des vampires) ou la série historico-pornographique The Tudors. Rien n’est épargné, y compris les moments de masturbation. Les héros font plus souvent l’amour qu’ils ne se battent.  Sans oublier leurs compères français qui ont toujours été plus provocateurs, n’épargnant jamais aux spectateurs une nudité dite esthétique.

Le nu esthétique dans La belle noiseuse, avec Emmanuelle Béart.

Alors le cinéma se libère-t-il ? Dans la démesure, il y en a pour tous les goûts. Pour le bonheur des puritains, comme des plus ouverts…

Sandra Cazenave