Limonov entre fiction et réalité

Aujourd’hui, Martine vous fait la lecture. Au programme ? Limonov, le dernier roman d’Emmanuel Carrère. Il est l’un des livres qui ont marqué 2011. Ce « roman » devant lequel vous êtes passé 100 fois sans le voir, vaut le détour. Basé sur la vie d’Edgard Limonov, un contestataire russe, il va au delà des genres pour engloutir le lecteur.

Quand un auteur français rencontre un « voyou d’Ukraine ; idole de l’underground soviétique sous Brejnev ; clochard, puis valet de chambre d’un milliardaire à Manhattan ; écrivain branché à Paris ; soldat perdu dans les guerres des Balkans ; et maintenant, […] vieux chef charismatique d’un parti de jeunes desperados », ça fait des étincelles. Et de ce choc est né Limonov, le dernier roman d’Emmanuel Carrère.

Roman, c’est peut-être beaucoup dire. Basé sur la vie d’Edouard Limonov, la biographie de cet homme est tellement fantasmagorique que le lecteur a du mal à croire qu’il n’y a pas une part de romance… Entre l’aventure picaresque, le témoignage journalistique et l’autobiographie, le roman d’Emmanuel Carrère associe les styles et les genres pour rendre compte d’une époque.

Si la révolte m’était contée

Limonov est un personnage qui ne peut laisser indifférent. Oui, il existe et oui, le livre n’est pas une fiction. Mais la part belle est donnée au romanesque et au style lyrique d’Emmanuel Carrère. il incarne la révolte. Pas celle au sens de Camus mais celle inscrite dans les gènes. La rage primaire. Quoiqu’il ait pu faire, Limonov serait arrivé là où il est aujourd’hui. Ses mots, la violence qu’il fait subir à lui-même et aux autres, son esprit de contradiction et sa foi absolue en ce qu’il croit attirent irrémédiablement le lecteur.

Un voyage initiatique

Au-delà de la vie héroïque de ce prisonnier politique, c’est l’histoire de la Russie que retrace l’auteur. A la fois glaciale dans les cœurs et dans les températures, à la fois dangereuse et sauvage, la Russie est une drogue. Tous les personnages veulent la quitter et la fuir mais ils sont terriblement malheureux sans elle. Même les riches immigrés aux Etats-Unis ne peuvent vivre qu’entre eux, en parlant d’eux. En russe bien sûr.
Traverser l’Ukraine, la Tchétchénie, New-York ou encore Paris en un seul livre, ce n’est pas banal. Entre clochard aux Etats-Unis, journaliste et jeune délinquant, Limonov a vécu de multiples vies. Qui sont autant de chapitres. Peut-être est-ce là le seul défaut du livre ? Sa fascination pour un personnage – réel et fictif- reste contestable.

Pauline Amiel

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