Pascal Marchand analyse la télé-réalité

Pascal Marchand apparaît, derrière son bureau, enseveli sous une montages de feuilles diverses, de publications, de post-it et de tasses à café. Entre deux conférences aux quatre coins du monde et ses cours à Science-Po et à l’Esav, Pascal Marchand reprend son souffle pour évoquer les enjeux de la télé-réalité en France. Il s’inquiète. Il scrute le développement fulgurant de ces émissions et leur pouvoir croissant.

Pascal Marchand, professeur à l'université Toulouse Paul Sabatier

Que pensez-vous de l’influence de la télé-réalité sur notre société ?


La télé-réalité a un intérêt car elle nous dit quelque chose sur la société. La question n’est pas de savoir pourquoi on regarde la télé-réalité mais ce qu’elle nous dit sur notre environnement. On s’est demandé : vers quoi évolue-t-on ? Quelles sont les discours qu’elle véhicule ?
Ca a l’apparence de la télé de la liberté. Mais c’est là qu’est le paradoxe : cette liberté n’est qu’apparence. Le contrôle de l’image est premier dans la télé-réalité.

De quelles façons ces émissions modifient notre quotidien ?


Elles créent un univers propice à l’hyper-développement personnel. Cette libération devant la caméra crée des comportements excessifs qui sont reproduit au quotidien. L’individu est au centre. Enfermé, il est absout de l’emprise sociale. La télé-réalité regorge de discours libéraux : elle prône l’individualisme, l’épanouissement personnel et le système de compétition. Seulement dix ans de télé-réalité ont créé des comportements nouveaux, une nouvelle façon d’être.

Dans quelle mesure la télé-réalité implique-t-elle une idéologie libérale ?


La question de base est : qu’est-ce que ceux qui regardent la télé-réalité ont mais que les autres n’ont pas ? Une de mes premières conclusions est qu’ils adhèrent à la pensée libérale plus que les autres. Il y a une compatibilité. Je ne dis pas que la télé rend libéral mais les expériences prouvent qu’il y a un lien.

En quoi les conséquences de cette influence sont-elles dangereuses ?


La télé-réalité a des conséquences nocives quoiqu’en disent les sceptiques. Il y a une réalité et on veut se plier à cette réalité. Notre monde n’est pas celui des Bisounours. Je ne suis pas un extrémiste en disant cela. La télé-réalité devient la pensée majoritaire. Elle rend acceptable ce qui ne l’était pas avant. Les jeunes se traitent de « salope » depuis la télé-réalité. C’est l’uniformisation des comportements minoritaires. Vous voyez : ce n’est pas de la spontanéité mais du conformisme aux comportements et aux paroles entendus.
Quels sont les procédés utilisés pour diriger les téléspectateurs ?


En France, la sélection des candidats a des critères précis. Le plus grand nombre de téléspectateurs doit pouvoir se reconnaître ou un de leur proche. N’importe qui doit trouver une situation familière pour favoriser l’identification. Ça doit donner l’impression de se passer comme dans la vraie vie. Pourtant, les origines sociales des candidats de télé-réalité crée un décalage social avec le spectateur, une fracture. La télé-réalité banalise des conduites des classes sociales défavorisées.
Quelle est la place du téléspectateur dans ce processus ?


La télé-réalité reflète certaines populations et certaines motivations. Elle les met en scène et en retour toute la population s’en imprègne. Ceux qui regardent sont influencés. Personne ne croit l’être, tous les spectateurs vous diront qu’ils regardent ces émissions pour en rire, parce qu’ils trouvent ça ridicule. Ils ne se savent pas influencés.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s