Edvard Munch, demain c’est aujourd’hui

Que devient la peinture, à l’ ère des images reproductibles ? Voilà une des questions majeures posée par les artistes du 20e siècle. Parmi eux, Paul Gauguin ou Vincent Van Gogh mais surtout Edvard Munch. Le peintre norvégien a abordé cette problématique avec une acuité déconcertante. Le Munch-museet d’Oslo prête jusqu’au 9 janvier, 140 de ses oeuvres au Centre Pompidou à Paris pour une exposition exceptionnelle et inédite en France. Plus qu’une dizaine de jours donc pour s’imprégner de l’univers de ce génie pré-expressionniste. Une bonne occasion de revenir sur l’oeuvre d’un peintre « habité ».

Le cri (1893) son chef d'oeuvre absent de l'exposition parisienne

Comment être considéré comme un artiste moderne à l’aube de 2012 en étant mort en 1944 ? Grâce à un supplément sensoriel dont quasiment personne n’est doté : le génie ! Lui, contrairement aux hommes passe le fil des décennies sans prendre une seule ride. Même en pleine lumière, certaines toiles (pas toutes) d’Edvard Munch laissent le spectateur stupéfait par leur fulgurante modernité.

L’art et l’image se mêlent

Peintre par vocation, Edvard Munch était photographe par passion. Il entretenait un dialogue permanent avec les formes de représentation les plus modernes. Une sélection de photos personnelles, surtout des autoportraits, témoigne de son irrésistible attirance pour la nouveauté. En 1927, en voyage à Paris, il s’offre une caméra pour amateur et filme ses impressions. Les bandes conservées à Oslo sont projetées en ce moment à Paris. L’artiste est parfaitement conscient de l’avenir et de l’impact de l’imagerie. Edvard Munch a compris que les nouvelles industries (alors) du cinéma, de la presse illustrée et de la carte postale avaient comme seule vocation d’introduire des formes de récit inédites dont l’art en général et lui en particulier devait tirer profit.

La noirceur tout en couleur

L’artiste scandinave a laissé à la postérité l’image d’un peintre solitaire et surtout

Autoportrait "à la Marat" (1908) réalisé pendant son internement à Copenhague

angoissé. Si l’on ouvre un livre sur l’histoire de l’art au chapitre Edvard Munch on apprend que son oeuvre est marquée par une rupture au début du XXe siècle : les traits se diluent, la couleur s’accentue. Mais que lui est-il arrivé? Les spécialistes s’accordent à dire que l’année 1908 et son séjour en clinique psychiatrique marque un tournant. Mais les causes de sa rupture nerveuse n’appartiennent qu’à lui. Cependant il dissémine des indices dans chacune de ses toiles. Aucun de ses modèles n’est rassurant ou stable.

L’ Homme névrosé en crise

Le noctambule

Le noctambule (1923-1924) inspiré de sa propre expérience

Il aimait peindre ce qui lui était familier : l’insomnie, la dispute, la violence occasionnelle, les coups de sang. Il mélangeait le noir et le gris à une palette presque aveuglante. Un flot de couleurs criardes mettent en abîme sa vision de la vie et de sa semence nourricière la passion jusqu’à la déraison. La meurtrière, Le noctambule ou encore Jalousie et La bagarre sont autant de témoignages de cette folie qui donne à l’existence tout son relief. Chacun de ses coups de pinceau jaune, pourpre ou violet est un reflet inconscient des tourments de sa propre âme. A mi-chemin entre la netteté de la conscience et le tourbillon de l’inconscience.

Ophélie Grosshans

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