Shame, une honte désirable

« Troublant et inoubliable » pour ELLE. « Une claque » d’après Metro. «  Un film coup de poing » selon le Journal du dimanche. « Shame » , le film de Steve McQueen, fait l’unanimité. Armée de bravoure, je me lance pour la séance de 11 heures. Le film va-t-il me mettre K.O ?

« Bonne chance. Ce n’est que du sexe ! » A peine ma place en main, une spectatrice me met déjà en garde. Son visage apeuré m’inquiète. Dans ma tête, les images défilent alors. Cunnilingus, sodomie, parties fines… Je m’attends à un film sexuel, à la limite du pornographique. Choquant. Peut être traumatisant. « Shame » s’est créé une réputation. En même temps, c’est l’histoire d’un homme pris au piège de ses pulsions sexuelles dévorantes.

Une vingtaine de cinéphiles entre 20 et 70 ans est là en couple, entre amis, ou seuls. Pas envie d’être dérangée. Je me mets à l’écart. La salle s’assombrit. Brandon, incarné par Michael Fassbender, est allongé sur son lit. Nu. Un drap cache son sexe, mais pas pour longtemps. Nu, toujours nu, encore nu. Brandon passe et repasse devant la caméra. Dans la salle, les regards s’éparpillent.

En quête d’abjection

Les scènes s’enchaînent. Au bout d’une heure, toujours rien de déstabilisant. Je suis déçue. Je m’attendais à moins de pudeur esthétique. Pourtant Steve McQueen n’a rien oublié : masturbation au bureau, prostituées, expérience homosexuelle… Tout est bon pour extérioriser le mal-être de son personnage. Le public est dubitatif. Deux jeunes hommes se lancent des regards complices lors des scènes de nue. D’autres rient pour cacher leur gêne. Un mystère pour moi. A l’écran, j’admire juste la sexualité osée d’un homme paumé, qui au final est plus attachant que déroutant.

Des plans plus beaux que choquants !

J’avoue, je suis sensible au charme nordique de l’acteur. Sa fougue indomptable me peine et m’attire en même temps. Dehors les play-boys peignés à la gomina ! Ce qui me plaît, c’est l’imperfection. « Shame » est un tableau réussi de la perversité d’un homme du XXI ème siècle. En même temps, qui n’a jamais rêvé de se plonger dans l’univers des soirées dépravées de « Eyes Wide Shut » ?

Désaccord cinématographique

« C’est glauque ! » retentit dans la salle. Cet « Alexandre Portnoy » (un obsédé sexuel qui multiplie les aventures et ne pense qu’à se masturber dans « Le complexe de Portnoy » de Philippe Roth) n’est pas du goût de tous. Et pourtant, les travellings sont saisissants. Ils nous plongent dans la course frénétique de Brandon, en quête d’une normalité amoureuse.

Courir, un échappatoire pour se libérer de ses pulsions.

Les lumières se rallument. Metro l’avait annoncé : une claque. Steve McQueen m’a mise K.O. Mais je me sens seule. Sur leurs fauteuils rouges et inconfortables, les gens se raclent la gorge. « Rien de sensuel, c’est juste dégueulasse. » confie une femme enceinte. Ma voisine met son manteau. Elle me regarde. Je la regarde. « Il est surestimé par la critique » Encore une râleuse. A la sortie, une âme sœur cinéphile partage ce moment de jouissance. C’est la deuxième fois qu’il vient. L’atmosphère et la musique du film le transportent. On est bien d’accord : « Niveau sexuel, on a vu bien pire ».

Fiona Ipert & Sandra Cazenave

Avec la participation exclusive de La gazette de la mode

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