« La prostitution est un viol »

Un ancien client de la prostitution qui milite au Mouvement du Nid ? Ça existe. Il s’appelle Jean-Louis Bevelacqua. Pendant plusieurs années, il a fréquenté les maisons closes et les prostituées dans plusieurs pays. Trente ans plus tard, il informe les jeunes montpelliérains sur la prostitution et les rapports homme/femme. Jean-Louis Bevelacqua constate l’attirance des jeunes pour les relations tarifées.

Quel a été votre premier contact avec la prostitution ?

En 1975, je suis rentré dans la Marine Nationale. J’avais 19 ans. Avec mes amis et collègues, on faisait des escales dans le monde entier. Nous allions dans les bordels et nous fréquentions les prostituées. Quand vous êtes sur un bateau, entre hommes, c’est mécanique, vous ne parlez que de femmes. Ça a duré trois ans. J’ai vu des choses très glauques durant ces années-là.

Vers une abolition de la prostitution ? / Photo Brandi Haynes, Picasa

Comment avez-vous arrêté ?

Je ne sais pas. Aujourd’hui encore, je ne sais pas d’où vient ma prise de conscience. Du jour au lendemain, je n’ai plus voulu aller dans les bordels. Je suis pourtant resté deux ans de plus dans la Marine.

Aujourd’huiI, Comment vous situez-vous par rapport à la prostitution ?

Je milite depuis 2006 pour le Mouvement du Nid. Je suis donc partisan de l’abolition de la prostitution. J’ai toujours été engagé dans le milieu associatif mais lorsque j’ai rencontré le Mouvement, je me suis posé des questions.

Lesquelles ?

Le Nid m’a renvoyé à mon histoire personnelle presque trente ans plus tard. Je suis père de famille, je suis marié. Pour moi, c’est inenvisageable que mes deux garçons ou ma fille se prostituent pour vivre. Ca revient à dire « oui » pour les autres mais « non » pour sa famille. Aujourd’hui, j’estime que rien ne justifie la prostitution. Je parle de mes garçons car en ce moment, le clientélisme des femmes et le phénomène des « cougars » prennent des tournures inquiétantes. A quel point les jeunes hommes ne se vendent-ils pas ?

Que répondez-vous au fameux argument « c’est le plus vieux métier du monde, il existera toujours » ?

La prostitution, c’est du trafic d’êtres humains. Rappelons-le. C’est ancrer le corps de la femme dans une volonté de possession. Tolérer la prostitution, c’est maintenir la société dans un schéma patriarcal et machiste. La proposition de loi issue du rapport Bousquet (étudiée à l’Assemblée le 6 décembre, NDLR) n’est pas parfaite. Mais elle a le mérite de poser un interdit et de mettre sur un pied d’égalité juridique le client et la personne prostituée. Les clients devront payer jusqu’à 3000 euros d’amende et risquent jusqu’à 6 mois de prison.

Est-ce que la répression est la seule solution pour abolir la prostitution ?

Elle doit être accompagnée par l’éducation et la prévention. Aujourd’hui, on fabrique une société meilleure. La prostitution est un viol qu’elle soit consentie ou pas. Pas au sens juridique du terme. Mais cela a été médicalement prouvé. Au mieux, le client achète un consentement avec son argent.
Je rencontre les jeunes des collèges, lycées et universités montpelliérens pour évoquer la prostitution. On doit expliquer à nos enfants qu’on ne peut pas acheter une prestation sexuelle. C’est une violence contre la dignité humaine.

Comment réagissent les générations futures face à la prostitution ?

Ils sont au cœur d’une dichotomie flagrante entre l’accès illimité à la sexualité sur internet et l’absence de réponse à leurs questions. Je constate également un net recul des relations hommes/femmes : les jeunes basent tout sur la consommation. Il y a une méconnaissance inquiétante des enjeux de la sexualité. De plus en plus de jeunes ont envie de traverser la frontière pour aller dans les bordels. Au « Lady Dallas » (une maison close de la Jonquera, en Espagne), on dénombre 15 000 touristes sexuels par mois ! Pour les jeunes, c’est synonyme de clopes, alcool et prostitution. C’est pour ça qu’il est primordial que la loi dise « il est interdit d’acheter un service sexuel et un corps humain ».

Pauline Amiel

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